Le mot du président Octobre 2016

Cher-e-s bénéficiaires,

L’été et les congés payés se sont éloignés ;  les rentrées, professionnelle, scolaire et sociale sont passées aussi ; les jours raccourcissent, les températures descendent un peu et les premières couleurs de l’automne apparaissent dans nos montagnes des Alpes du Sud ; toutes les conditions sont réunies pour qu’un peu de nostalgie s’installe, voir même qu’un peu de déprime vienne perturber ma réflexion et rende difficile l’écriture de ce mot du président ; j’ai pourtant appris à apprécier la rédaction de ces quelques lignes trimestrielles à votre attention et c’est même devenu un exercice passionnant à travers lequel je me permets d’aborder des sujets de société qui me tiennent à cœur et pas seulement les problématiques liées à nos entreprises ou à la CMCAS.

Pourtant, cette fois, j’ai bien cru que la page resterait blanche.

Et bien non, finalement, rattrapé par l’actualité, un évènement m’a permis de sortir de ma torpeur et m’a remotivé pour vous écrire quelques mots. Les sentiments qu’il a fait naitre n’ont rien de glorieux : colère et indignation.

Cette indignation et la colère qui l’accompagne, que j’essaie de maitriser pour vous écrire, sont venues en découvrant certains messages de haine postés par des bénéficiaires des Activités Sociales après l’information faite par les Présidents de la CCAS et du Comité de Coordination des CMCAS de la mise à disposition de certains centres CCAS dans le cadre du plan gouvernemental d’hébergement des réfugiés. En plus de ces propos haineux, des abrutis sont allés jusqu’à tirer des coups de feu sur certains centres CCAS !

Je ne vais certainement pas citer la prose à l’odeur d’excréments développée par ces internautes fascistes, à l’opposé de toutes les valeurs de solidarité et d’humanité de nos Activités Sociales.

Alors que certains parlent depuis des mois de déchéance de nationalité, attisant le débat nationaliste et le repli sur soi,  peut-être devrions-nous promouvoir la « déchéance d’humanité » tellement ces comportements haineux sont loin des valeurs humanistes.

Je parle bien ici de perte de la qualité d’être humain comme peuvent le suggérer certaines chansons populaires qui comparent les fascistes à des animaux, des loups pour Serge Reggiani (les loups sont entrés dans Paris, 1966) ou la bête pour Pierre Perret (la bête est revenue, 1998).

Je croyais, et je veux croire encore, que ce qui différentie les humains des autres espèces animales, c’est leur capacité à s’émanciper et à partager collectivement des valeurs morales, de solidarité, de respect et de justice sociale.

Aujourd’hui, notre société occidentale, capitaliste et libérale, est responsable des migrations en cours en Europe et autour de la méditerranée. Les situations politiques et économiques d’Afrique et du Moyen-Orient sont les conséquences de plusieurs siècles de colonialisme, de pillage économique et écologique, d’ingérence politique et religieuse.

Ces êtres humains, qu’on les appelle migrants ou réfugiés, fuient les guerres et les famines que nous avons causées. Ils sont à la recherche de sécurité et de conditions de vie décentes pour leur famille. La plupart d’entre eux souhaitent rentrer chez eux dès que les conditions de sécurité leur permettront de retrouver une vie normale, sans danger pour leurs enfants.

Dans notre société évoluée, démocratique, où les droits humains essentiels sont garantis constitutionnellement, ou l’accès à l’éducation devrait permettre l’émancipation de chacun, il parait inconcevable que des peurs irrationnelles réapparaissent régulièrement, conduisant cette société à des comportements individuels et collectifs xénophobes.

Une fois encore ces peurs sont largement propagées par des médias répandant les propos de nos élites de tout bord qui renchérissent jusqu’à l’absurde sur des sujets populistes. Ces polémiques stériles permettent surtout de cacher l’incompétence de nos dirigeants et de masquer les politiques économiques antisociales et suicidaires qu’ils mettent en place à la demande des grandes sociétés multinationales.

Vous l’aurez compris, je partage pleinement la décision unanime du Conseil d’Administration de la CCAS de mise à disposition pour l’hébergement des réfugiés des centres non utilisés en période hivernale.

D’autant qu’à l’heure où s’ouvrent des négociations sur l’avenir des Activités Sociales avec les employeurs et les ministères de tutelles, il parait important de montrer (encore) au gouvernement  notre utilité sociale et la place que nous prenons au sein de la société.

Ces négociations, que les élus revendiquent depuis longtemps, sont indispensables pour l’avenir des Activités Sociales bien sur, mais aussi pour celui du statut des IEG. Selon le financement mis en place, cela peut garantir que chaque entreprise de la branche participe et ainsi faire baisser le dumping social entre les agents des différentes entreprises.

Les négociations vont donc porter sur le financement mais aussi sur les moyens bénévoles, le rattachement des personnels des Activités sociales et la restauration méridienne.

Il est très important que chaque agent soit conscient des enjeux et intervienne dans ces négociations. C’est pour cela que j’ai proposé au Conseil d’Administration de lancer un appel pour que les agents, les bénéficiaires, actifs et inactifs, se rassemblent mardi 18 octobre à 12 h autour d’un pique-nique collectif pour échanger et s’informer sur les différentes propositions émanant des fédérations syndicales et des employeurs.

Conformément à son habituelle politique d’accompagnement des directions et des réformes gouvernementales, la délégation CFDT n’a pas validé cet appel qui a donc été voté majoritairement par les autres administrateurs.

Je vous invite donc à vous informer et vous mobiliser dans les jours et les semaines qui viennent pour défendre l’avenir de nos Activités Sociales et de notre Statut.

Frank BARAILLER